RHSF et le travail des enfants : la sensibilisation des jeunes, enjeu capital 

RHSF et le travail des enfants : la sensibilisation des jeunes, enjeu capital 

Publié le 30 Mai 2022

PAR GUY CLAVEL

Le nombre d’enfants victimes du travail des enfants s’élevait en juin 2021 à 160 millions dans le monde, soit une augmentation de 8,4 millions d’enfants au cours des quatre dernières années, selon un rapport de l’Organisation internationale du Travail (OIT) et de l’UNICEF. 

RHSF lutte contre ce fléau depuis plus de 10 ans, en agissant notamment avec des entreprises multinationales et leurs sous-traitants. Mais ce combat de longue haleine ne pourra être gagné qu’en menant des actions de sensibilisation en direction des jeunes, de tous les jeunes. En France, en Australie… 

Jeunes filles travaillant dans une plantation de café au Panama – crédits : RHSF

Des jeunes « pas concernés ». Et pourtant… 

Un constat : interrogés sur le problème du travail des enfants, les élèves de trois classes de collèges de Toulouse et sa banlieue reconnaissent clairement qu’ils « ne se sentent pas concernés », rapportent deux intervenantes de RHSF, Lara Wicquart et Elisa Réau. 

Une leçon : pourtant, pendant leurs discussions-formation avec RHSF, ces jeunes se sont révélés « très intéressés », ont exprimé leur empathie avec les enfants au travail. En retenant des thèmes qui les touchent directement : pas ou peu d’école, pas de jeux, des travaux durs et dangereux… Et ils ont demandé ce qu’ils pouvaient faire pour contribuer. 

Cette démarche de sensibilisation, également menée dans une école en Australie, a montré que les publics les plus jeunes pouvaient s’ouvrir à cette problématique, s’y intéresser, et y réagir, à partir du moment où elle était abordée avec des éléments de langage et des situations de leur âge. Sans la complexifier, avec les plus petits, en abordant des questions économiques, liées par exemple à la responsabilité des consommateurs.  

Intervention de RHSF auprès d’élèves de 5ème du collège Jean Mermoz (Blagnac) – crédits : RHSF

RHSF à l’école 

RHSF intervenait dans le cadre du « Parcours laïque et citoyen 2022″ du Conseil départemental de la Haute-Garonne, un programme invitant les associations à « proposer des actions originales et innovantes, destinées à promouvoir le principe de laïcité et les valeurs de la République » auprès des jeunes élèves du département. 

En travaillant sur « le travail des enfants », les élèves « reviennent sur la France du XIXe siècle, réfléchissent aux apports de l’école laïque française et au droit d’être protégé du travail des enfants », souligne Estelle Eeckeman, responsable du projet à RHSF. « Les animations pédagogiques sont en lien avec le quotidien des élèves et les programmes d’Histoire-Géographie et d’Enseignement civique », remarque-t-elle. Elles sont basées sur des animations et interactions constantes avec les élèves, qui les placent en position d’acteurs. 

Intervention de RHSF auprès d’élèves de 5ème du collège Jean Mermoz (Blagnac) – crédits : RHSF

Le sujet, note Lara, les ouvre d’abord à un autre univers. Avec les deux vidéos montrées en début de présentation – mines de cobalt au Congo et industrie du téléphone en Chine – ils découvrent que d’autres enfants vivent d’une autre manière. 

La lecture de témoignages d’enfants au travail dans plusieurs pays, dans différents secteurs économiques, les frappent beaucoup également, note Elisa. « Ils n’ont pas notre chance ! » déclare un élève en prenant connaissance des conditions de vie de ces enfants, du fait qu’ils ne vont pas à l’école, des bas salaires… 

  

Ouvrir les jeunes au problème du travail des enfants  

A la fin d’une session d’une matinée, les élèves étaient rassemblés en petits groupes pour écrire une lettre à une de leurs « idoles » : un sportif (Mbappé), des « youtubeurs » (Nasdas, Dylan, Poisson fécond)…. Ils leur demandaient d’agir contre le travail des enfants. Messages où l’on découvre les thèmes qui ont frappés ces élèves dans la présentation qui leur avait été faite par Elisa et Lara. Et donc les thèmes qui les ont touchés, et ceux qui doivent être retravaillés ou abordés plus tard en fonction des âges, parce que mal compris des plus jeunes ou ne les concernant pas. 

Groupe d’élèves de 5ème du collège Jean Mermoz (Blagnac) écrivant une lettre à leurs idoles – crédits : RHSF

Les lettres montrent ainsi que les enfants découvrent des pistes concrètes pour agir à leur niveau. Parmi elles : parler du travail des enfants autour de soi, ce qu’ils mettent concrètement en pratique en sollicitant leurs idoles. La complexité du phénomène les confronte néanmoins à des questions difficiles : si les produits aux prix excessivement bas cachent des conditions abusives de travail, comment comprendre qu’en même temps acheter cher des « marques » n’est pas une preuve de respect des droits sociaux dans la chaîne de sous-traitance ? Le sujet du rôle des consommateurs, complexe, demande du temps et doit être abordé avec les jeunes de manière progressive en fonction de leur âge.

Une classe de 5ème du collège Jean Mermoz (Blagnac) appréhende les chaînes de sous-traitance – crédits : RHSF

En revanche, le fait qu' »un enfant sur dix travaille dans le monde » a porté.  

Et ils ont été choqués par les conditions de vie des enfants vus dans les vidéos, ou dont les témoignages ont été lus. « Ils travaillent beaucoup, dans de très mauvaises conditions. Ce sont des êtres humains comme nous », remarque un groupe.  

Pour d’autres élèves, « leur travail est dangereux, mal payé, épuisant. Il les maintient dans la misère ». 

Ils ont « très peu de congés, ne peuvent pas aller à l’école », ou encore ils « travaillent dès le plus jeune âge pour un salaire de misère », écrivent-ils dans d’autres messages. 

« Nous avons vu des enfants en bas âge travailler dans des conditions difficiles parfois terrible pour pouvoir vivre. Nous trouvons cela injuste », s’indigne encore un groupe. 

Intervention de RHSF auprès d’élèves intéressés et participatifs de 5ème du collège Jean Mermoz (Blagnac) – crédits : RHSF

Ces élèves, qui se disaient « pas concernés » par les enfants au travail en début de session, ont été marqués par la présentation de RHSF, qui les a confrontés au sort malheureux d’enfants de leur âge.  

« On était touchés de voir que des enfants risquent leur vie pour fabriquer nos téléphones et tant d’objets de notre quotidien », écrivent certains.   »Nous sommes tous concernés par le travail des enfants : nos téléphones, nos vêtements, la nourriture… peuvent être issus du travail des enfants. Ce n’est pas normal », affirment d’autres.  

« Il faut agir, ce n’est plus possible… des conditions de vie pareilles » lancent enfin d’autres élèves, en s’adressant à leur idole, le youtubeur Poisson Fécond. 

  

En Australie, les professeurs s’engagent 

A Sydney, la Directrice Générale de RHSF, Magali Croese, va plus loin encore, en impliquant les instituteurs.  

Après une intervention dans une classe de CM2 (10-11 ans) du Lycée français, elle a engagé une démarche de co-conception d’un kit pédagogique avec des enseignants des classes de CM2 de l’établissement, pour accélérer la sensibilisation des jeunes au travail des enfants.  Ce kit pédagogique permettra à tout enseignant de primaire (CM1-CM2) d’animer en autonomie une session de sensibilisation au travail des enfants en « l’intégrant au parcours pédagogique, avec des ressources prêtes à l’emploi et une flexibilité suffisante pour que chaque enseignant y trouve un intérêt dans sa séquence pédagogique », explique-t-elle. 

  

Ces interventions dans les écoles s’inscrivent dans les multiples actions de RHSF pour sensibiliser différents publics, différents acteurs, dans divers secteurs économiques ou sociaux, à la lutte contre le travail des enfants et le travail forcé. Face à la complexité de leurs causes, RHSF s’associe avec des partenaires stratégiques pour déployer des actions de sensibilisations à grande échelle. Pour obtenir une prise de conscience à tous les niveaux.  

Ainsi, RHSF coopère avec l’Institut national de la consommation et son magazine “60 millions de consommateurs”, pour qu’il puisse formaliser sa méthodologie pour intégrer les risques du travail des enfants et du travail forcé dans son évaluation comparative des produits.  Avec ses partenaires, réseaux de professionnels, d’investisseurs ou d’entreprises, RHSF sensibilise et forme des employés à même de créer les conditions pour des chaînes de sous-traitance respectueuses des droits pour les salariés. Afin de toucher l’ensemble des personnes impliquées dans le système – travailleurs, syndicats, employeurs, administration - RHSF s’est associée à l’Organisation internationale du Travail (OIT), pour organiser un second concours international de dessins sur le travail forcé. L’exposition itinérante a déjà été présentée à l’occasion de deux événements clés internationaux en mai et juin 2022 : la cinquième Conférence Mondiale sur l’Elimination du Travail des enfants, à Durban, et la 110e session de la Conférence internationale du Travail. 

Intervenir dans les écoles, c’est initier à ces problématiques, dès leur plus jeune âge, les futurs consommateurs, chefs d’entreprise, décideurs…  

RHSF sur le terrain ! Depuis plus de 15 ans, RHSF a pour mission de prévenir les risques de travail des enfants, de travail forcé, et plus largement de travail indécent dans les chaînes d’approvisionnement. RHSF propose une réponse holistique à ces problématiques complexes, mondiales et souvent ignorées. Pour véritablement faire évoluer ce système qui entraîne des situations individuelles injustes, RHSF travaille à l’élaboration et l’expérimentation des solutions innovantes sur le terrain. Sa mission inclut également le partage d’expertise car RHSF est convaincue que chacun, à son niveau, peut apporter sa contribution. La sensibilisation du plus grand nombre est un véritable défi. Pour toucher les multiples publics, RHSF développe des outils de sensibilisation et des formations pour mobiliser chacun de manière volontaire et constructive : des consommateurs aux employeurs et aux travailleurs, et même les plus jeunes. Sensibilisation, renforcement de capacité et expérimentation sont les trois activités principales de RHSF qui se nourrissent et se complètent pour alerter et engager dans l’action toutes celles et ceux qui souhaitent œuvrer pour un travail décent tout au long de chaînes d’approvisionnement.  Adhérents, professeurs, jeunes, entrez dans le mouvement, emparez-vous de nos outils et sensibilisez autour de vous : kit d’entrée en action de RHSF